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June 30

Printemps 2008 - Partage 15

« Mes chemins ne sont pas vos chemins ... » Is. 55

« Je vous le dis, cette veuve qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le trésor. 

Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence,

a mis TOUT ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Mc. 12, 43-44

 

Séoul, 23 juin 2008

       안녕하세요 ! Annyonghasseyo !

    Mars 2008 … les vacances !

 

Un de mes frères me demandait un jour : mais que fait une missionnaire pendant ses vacances ?  Très bonne question ! Nous ne sommes pas habituées à nous considérer « en vacances » ! La mission … elle continue toujours, même en vacances ! Mais c’est vrai que notre situation coréenne est spéciale, l’apprentissage du coréen exige tant d’attention, tant d’efforts pour nos neurones occidentales (les mêmes que fournissent nos frères asiatiques quand ils doivent apprendre le français, l’anglais ou une quelconque langue européenne) … que vraiment les vacances « mentales » sont bien nécessaires pour ne pas perdre la tête !!!

             Alors nous avons pris le temps de nous reposer, de rencontrer les amis plus vus depuis longtemps …, de faire des choses que nous n’avons pas le temps de faire pendant la période des cours intensifs. Par exemple, nous avions invité depuis longtemps le Fr. Marc de Taizé à venir chez nous pour nous partager son expérience en Mongolie.  Je pense que je vous en avais déjà parlé … Le Fr. Marc, suisse d’origine et en Corée depuis plus de 20 ans, est artiste ; c’est lui avec toute une équipe qui a réalisé les vitraux de la Cathédrale d’Oulan-Bator (cf. la photo du centre, la Cathédrale a la forme de la yourte, la tente des nomades).  En août dernier ils les ont installés là-bas, mais c’est surtout son cœur missionnaire qui s’est « installé » dans l’Eglise de Mongolie ! Il m’en parlait toujours avec tellement de chaleur et d’émotion, que nous l’avons invité à la maison pour partager cela avec Ester et Monika.  Il est venu avec la carte de Mongolie, des photos, et s’est mis à nous raconter dans les détails toute l’aventure de cette jeune Église « née » en 1992 !  On a fini l’après-midi avec le film La caverne du Chien jaune (mongol Shar nokhoïn tam, allemand Die Höhle des gelben Hundes ; film germano-mongol réalisé par Byambasuren Davaa, sorti en 2005). Ce film a été tourné non pas avec des acteurs mais avec une vraie famille ! Les enfants sont émouvants de spontanéité, les paysages sont magnifiques … On vit au rythme de la vie dans la steppe, on entre dans la yourte, cette tente typique des nomades de Mongolie … Si vous avez l’occasion de le voir, vous vous laisserez plonger dans l’atmosphère de Mongolie, et vous comprendrez peut-être un peu plus pourquoi le Fr. Marc est « tombé amoureux » de ce pays !

             En mars aussi nous avons participé à une rencontre chrétienne japonaise-coréenne sur le thème de la paix.  L’Evêque auxiliaire d’Osaka est venu à Séoul avec quelques jeunes japonais pour parler des efforts de paix que l’Eglise tente de soutenir au Japon … où l’Article 9 de la Constitution est remis en cause ces derniers temps.  Cet Article défend la paix et surtout l’absence d’armée au Japon, et cela depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.  Ici en Corée, cette rencontre était très importante puisque le peuple coréen a beaucoup souffert durant l’occupation japonaise (de 1910 à 1945), et attend de la part de ce pays des gestes de pardon et de réconciliation (un peu ce qui s’est vécu en Europe, entre le peuple français, polonais et l’Allemagne). Il y a eu des temps de conférence, d’échanges, de questions … Akiko, une jeune qui accompagnait l’Evêque, est proche de notre Communauté à Osaka !  Peu à peu nos liens se tissent entre le Japon et la Corée ...

             Première Semaine Sainte en Corée

             Et puis, c’était déjà le temps de la Semaine Sainte, la toute première pour nous en Corée ! Le dimanche des Rameaux nous avons fait un temps de prière avec Yeseul et Stéphanie (la volontaire MEP), essayant de nous introduire dans les sentiments de Jésus à l’aube de la Semaine de la Passion, celle de l’Amour.  « Moi, je ne t’oublierai pas.  Vois, je t’ai gravée dans la paume de mes mains. » (Is. 49,16) À la lumière de son Amour immense incapable de nous oublier, nous avons lu les textes de la Passion durant laquelle Jésus s’est souvenu de moi, de nous, de chaque personne, acceptant les moqueries, les coups, les blessures, la nuit ... pour moi.  J’étais très touchée cette année par le besoin qu’a Jésus de compagnons qui soient avec Lui jusqu’au bout, qui ne Le laissent pas seul.  Les circonstances de Corée m’ont rendue tellement plus sensible à l’abandon ..., celui de Jésus est si grand dans notre monde, c’est sa Passion dans tant de coeurs : « et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux ... » dit le prophète Osée (Os. 11).

             Nous avons participé aux offices dans la paroisse près de chez nous ; le Jeudi Saint au matin, nous sommes allées à la Messe Chrismale à la Cathédrale de Myong-Dong … quelque chose de vraiment impressionnant ! Imaginez-vous cette grande église remplie, au moins plus de la moitié, par les prêtres du diocèse de Séoul ! La procession d’entrée était interminable ! À ce moment-là je me souvenais de Paeron, le tout premier séminaire de Corée … avec ses pauvres premiers séminaristes, presque tous morts martyrs.  « Le grain de blé qui meurt porte beaucoup de fruit … Le sang des martyrs est véritablement semence de chrétiens.  Une vive émotion d’écouter autant de prêtres redire ensemble leurs promesses sacerdotales, prier autour du Cardinal. En ce jour de l’amour fraternel, nous prions pour que l’Eglise de Corée soit de plus en plus missionnaire, au service du besoin d’autres jeunes Églises d’Asie … ou d’Europe ! 

La Veillée Pascale, nous l’avons vécue avec nos frères missionnaires de la Consolata, dans le Centre de dialogue interreligieux qu’ils ont près de Séoul.  C’était une veillée très simple, comme toujours avec eux, internationale ! Kenya, Colombie, Espagne, Italie, Portugal, Corée … Ce soir-là, Lola, une des nos responsables était parmi nous. Comme elle s’était assise à côté de moi, j’ai essayé de lui traduire l’homélie ! Le prêtre qui prêchait était Diego, italien, ce qui a facilité les choses !

Pour la première fois nous avons entendu le chant de l’Exultet en coréen annonçant l’oeuvre divine de la Résurrection, la Vie plus forte que la mort ... Seul Dieu peut faire cela, re-créer là où il n’y avait plus rien.  Je Lui disais en ce soir de Pâques : Seigneur, je sens le besoin de graver à feu cette certitude dans le coeur et l’esprit, pour que dans toutes les épreuves, les nuits – les miennes, celles de mes frères – je ne doute plus que Toi, Tu vas intervenir, Tu peux tout sauver, que vraiment rien n’est jamais fini pour Toi.

Trimestre du printemps, visite de Lola

Déjà le lundi de Pâques, nous reprenions les cours du printemps !  C’est dans le rythme des classes, des devoirs, des présentations orales (de plus en plus nombreuses à partir du niveau 5) que l’expérience de Pâques s’est gravée un peu plus en nous … Je ne peux pas vous cacher que pour moi ce « niveau 5 » a été très difficile !  Combien de fois je me suis demandé ce que je faisais là, au milieu de mes compagnons de classe tous asiatiques (chinois, japonais, malaysien, indien) qui semblaient à l’aise dans ce niveau, alors que moi je nageais complètement !  Le niveau était élevé parce que plusieurs d’entre eux étaient des étudiants d’échange dont les études principales sont la langue coréenne ! Quelle avance par rapport à nous ! Il a fallu apprendre à vivre cela sans stress, accepter de ne presque rien comprendre pendant certaines heures de cours … Une expérience de Pâques … de mort et de résurrection continuelle, de resituer ce qui est essentiel et ce qui l’est moins, de reconnaître encore et toujours qu’il faudra beaucoup de temps pour apprendre, mémoriser les mots de plus en plus compliqués … Heureusement, nous sommes toutes les trois en train d’apprendre, on peut s’aider énormément à comprendre les choses et surtout à « relativiser » quand on se prend trop la tête !  Mes compagnons de classe malgré mes difficultés à m’exprimer sur certains sujets étaient très patients avec moi. J’ai même eu le cadeau de la présence dans ma classe de Khyan, étudiant de l’Inde, qui connaît bien l’espagnol et était ravi de pratiquer avec moi ! Je m’asseyais souvent à côté de lui pour qu’il m’aide à ne pas trop me perdre pendant les cours !  Il est ici pour faire un master en politique internationale.  Le matin il suivait les cours de coréen avec nous, et l’après-midi il avait ses cours de politique en coréen ! Vous voyez le niveau ! 

Le début du trimestre a été bien occupé puisque Lola était avec nous, et nous profitions de lui faire connaître Séoul, rencontrer nos nombreux amis … Nous sommes retournées avec elle à la frontière de Corée du Nord, à l’observatoire de l’unité.  Peut-être que plus encore que la première fois la réalité de Corée du Nord nous secouait profondément, on est un peu plus conscientes de l’abîme qui sépare les deux pays … Depuis que le Président a changé (en décembre), la politique vis-à-vis de la Corée du Nord s’est endurcie.  Le nouveau gouvernement ne veut plus si facilement aider le Nord en nourriture, sans véritable échange avec le Gouvernement de Pyong-Yang.  On exige de lui des mesures par rapport à l’armement nucléaire et surtout on met le doigt sur le viol des droits de l’homme au Nord.  Tout cela n’est pas simple … Quand je rencontre les prêtres ou missionnaire francophones, je reçois un peu d’explications de la situation entre les deux pays frères.  Hier, dimanche, c’était en Corée le jour annuel de prière pour l’unité de la Corée.  Le 25 juin est la date du début de la Guerre de Corée (1950-1953), c’est pour cela que le dimanche qui précède, L’Eglise continue de porter dans la prière l’espoir de la réunification …  Depuis cette dernière visite à la frontière, j’ai lu le récit du P. Célestin Coyos (MEP) Ma captivité en Corée du Nord (Grasset, 1954), un livre dans lequel ce missionnaire prisonnier de l’Armée du Nord dès le début des hostilités (juin 1950) raconte « telles quelles » les horribles circonstances de leur arrestation, de la funeste Marche du Nord – durant laquelle beaucoup de prisonniers, des missionnaires, prêtres, religieuses, des civils sont décédés d’épuisement -, de leur emprisonnemet qui dura le temps de la guerre (1950-1953) ... Récit qu’il a écrit après son retour inattendu – tout le monde le croyait mort à cause de sa santé très fragile ! – pour faire mémoire. En découvrant cette page de l’histoire que j’ignorais complètement, je me disais qu’en Corée, il n’y avait pas eu seulement les martyrs du XIXème siècle, mais que le XXème avait lui aussi volé la vie à tant d’hommes et de femmes, certains à cause de leur foi, d’autres, par la haine qui divisait le Nord et le Sud, blessure encore ouverte aujourd’hui ...

Avec Lola, nous avons bien sûr eu un rendez-vous avec notre Evêque, Mgr You, à Deajeon ! Comme toujours, il nous a reçues avec un grand sourire, nous a demandé quand nous arriverons là-bas … En lui partageant l’expérience des derniers mois, nous lui avons parlé de Maria (cette femme consacrée de Jirisan) qui avait été professeur pendant plus de 30 ans dans une université de Daejeon, et qui nous avait encouragées à travailler comme elle auprès des étudiants.  En écoutant cela, Mgr You a immédiatement pensé à une autre dame, professeur elle aussi, qui pourrait nous accompagner dans nos débuts apostoliques à Deajeon.  Aussitôt dit, aussitôt fait (nous sommes en Corée !) il l’appela par téléphone pour nous présenter et lui dire de s’occuper de nous !  Il nous a redit qu’il était heureux de nous recevoir bientôt, qu’on prenne le temps de découvrir le diocèse et ses activités … Peu à peu le Seigneur nous fera découvrir aussi ce que nous pourrons apporter, même si Monika et moi devrons encore étudier le dernier trimestre (niveau 6) …

Depuis cette rencontre avec Mgr You, nous avons aussi fait la connaissance du P. Poncet (MEP) qui est très proche de l’Evêque, professeur au séminaire de Daejeon.  Lui-même au début de son ministère en Corée a vécu une mission avec les étudiants, un apostolat au cœur de l’université … il nous parlait de cette époque comme la plus heureuse de sa vie missionnaire ici !  Et nous disait que Mgr You lui a demandé, quand on sera là-bas,  de nous raconter comment il avait commencé cet apostolat, comment il faisait … Je crois qu’elles pourront faire quelque chose comme toi, auprès des jeunes …

Nous sommes très heureuses de cela, on avait un peu peur qu’on nous mette en paroisse comme c’est le cas de beaucoup de religieuses ici ; elle sont limitées à travailler dans la paroisse, parfois presque uniquement au service des prêtres … sans tenir compte de leur charisme particulier. 

A Deajeon nous sommes aussi passé voir nos sœurs carmélites !  Et nous avons fait la connaissance de Sr Maria, une coréenne qui a vécu pendant 10 ans dans un Carmel en Espagne !  Pour des raisons de santé, elle est revenue dans son pays (pour être soignée avec la médecine traditionnelle), mais nous disait combien c’était pour elle un détachement très fort … On la comprenait bien !  Elle était vraiment heureuse de nous voir, de parler l’espagnol ! Elle nous partageait aussi son désir de communiquer aux sœurs du Carmel de Daejeon une manière peut-être un peu différente, plus ouverte, de vivre l’amour fraternel entre elles, de se partager la foi … Elle nous demandait notre prière et notre aide.  Elle nous a même proposé de donner quelques cours d’espagnol à la communauté, pour que toutes, elles puissent lire les œuvres de Ste Thérèse d’Avila et de St Jean de la Croix dans leur langue originelle.  On verra cela à partir d’octobre !  La Prieure s’inquiétait pour notre vie en Corée (de quoi vivez-vous, comment vous fonctionnez économiquement …), et à la fin de notre conversation avec Sr Maria, elle nous a remis une grosse enveloppe  … La générosité sans mesure des coréens encore une fois !

Fin mars, quelque chose que nous attendions depuis longtemps … la rencontre avec le Fr. Ghislain de Taizé (il est le premier frère catholique entré à Taizé, il est belge, frère d’une femme écrivain que vous devez connaître, Colette Nys-Mazure).  Fr. Ghislain voyage continuellement en Asie et Océanie, visitant les petites fraternités, les groupes de prière de Taizé … A Séoul, il y avait un WE de prière organisé par notre ami Jeaseon (Peter, rencontré au tout début, la seule fois que nous sommes allées à la Cté de Taizé à Séoul).  Nous n’étions pas très nombreux, mais nous avons pu prier  - le thème était « Reposez-vous un peu ... » - , écouter l’enseignement de ce frère-voyageur universel, échanger à partir de la Lettre de Cochabamba du Fr. Aloïs.  Je retiens surtout les paroles de paix, de sérénité de ce frère … Il redisait une parole de leur Prieur à Pâques (dans son message pour les frères): Dieu n’est jamais fatigué de nous rejoindre, de venir nous re-chercher … C’est nous qui nous fatiguons de recommencer … Ça me rejoignait beaucoup au cœur de mes fatigues du coréen !

Le 6 avril, j’étais la marraine de confirmation de Yeseul.  Vous souvenez-vous d’elle ? Nous la connaissons de la résidence étudiante où nous étions au tout début, l’année dernière elle avait étudié quelques mois en France.  Yeseul m’a écrit une lettre où elle expliquait : depuis longtemps, j’ai pensé que je recevrais la confirmation quand j’aurais trouvé une personne que je veux respecter comme chrétienne.  Enfin, je t’ai trouvée ! Je remercie beaucoup Dieu de t’avoir rencontrée (Ester et Monika aussi !) Il me reste beaucoup pour connaître Dieu et tu seras mon courage quand je marcherai vers Dieu dans ma vie. Yeseul … J’étais bien sûr la seule étrangère à être marraine au milieu de tous ces confirmands (ils étaient très nombreux !).  Grâce à elle, j’ai pu renouveler moi aussi le don de l’Esprit Saint.  J’en avais bien besoin !  Avec Yeseul nous nous retrouvons presque tous les samedis pour prier, partager un peu …

En avril avec le P. Park, nous avons commencé un petit apostolat : groupe de prière 2 fois par mois avec des infirmières catholiques, à l’hôpital Ste Marie.  Chaque rencontre est basée sur un thème de la foi (les vérités de la foi : Dieu nous a donné la vie, Il est Amour, sa Vie en nous est éternelle …), on commence par chanter beaucoup des chants sur le thème du jour, puis quelqu’un donne quelques pistes de prière, on distribue à chacun une citation de la Parole de Dieu pour méditer en silence, puis librement celles qui le veulent peuvent lire la citation ou dire une intention.  Au début c’est le P. Park qui préparait les pistes de méditation, puis après chacune à notre tour, nous l’avons fait !  Une première !! Comment dire en coréen de telles choses ? Un beau devoir à rédiger, à envoyer par mail à notre ami prêtre pour qu’il le corrige … et puis, s’exercer beaucoup de fois pour pouvoir le lire aux infirmières !  On se sent un peu limitées, peu naturelles … puisqu’on lit, mais c’est par là qu’il faut commencer ! Le P. Park est très soucieux de nous aider à faire nos débuts comme ça, à nous lancer peu à peu dans la mission. Malheureusement, au retour de l’été nous partirons à Deajeon … On ne sait pas si on pourra continuer à l’accompagner là.

Deuxième anniversaire en Corée ..., Pentecôte ..., anniversaire de Bouddha ...

Avec lui aussi on a vécu notre deuxième anniversaire d’arrivée en Corée, le 24 avril !  Il a célébré la messe à la maison.  L’Evangile du jour était celui de la vigne et les sarments (Jn 15) « Demeurez en mon Amour ... Je vous le dis pour que votre joie soit parfaite ». Le P. Park nous remerciait d’être venues en Corée, pour tout ce que nous avons « souffert », pleuré, vécu durant ces deux années … et nous disait au nom de Jésus : l’essentiel, c’est que vous demeuriez en mon Amour … Peut-être vous pensez : durant ces 2 ans, on n’a presque rien fait, juste étudié le coréen … mais, non, vous avez fait beaucoup, simplement votre présence parmi nous est beaucoup, même si c’est difficile de parler, sans parler on peut être beaucoup, et c’est ça le plus important ! Ensuite, durant le repas (au restaurant, comme il se doit ici !) il nous demandait quelle avait été la chose la plus difficile et laquelle avait été la plus heureuse durant ces 2 années.  Chacune on s’est mise à réfléchir et à répondre … Moi je ne savais pas dire précisément « une » chose, mais je me suis souvenue, en écoutant sa question, d’une parole de Mgr Garnier lors de mon envoi en Corée (en 2006) : Tout ce que tu feras au plus petit des coréens, c’est à Moi que tu le feras (cf. Mt 25) … et le Seigneur me faisait tout-à-coup prendre conscience que la moindre chose, la moindre petite parole sortie en coréen de ma bouche durant ces 2 premières années ici, Lui l’avait reçue, l’avait bénie … même si moi je sentais souvent le ridicule, l’humiliation ou la limite … Une nouvelle expérience de sa miséricorde.

             Et puis est arrivée la fête de Pentecôte … la 3ème pour nous déjà ici ! Plus que jamais conscientes de l’immense besoin du réconfort de l’Esprit Saint.  « Cette rosée de Dieu nous est bien nécessaire ... pour que là où nous avons l’accusateur, là nous ayons le Défenseur.  Car le Seigneur a confié à l’Esprit Saint l’homme qui est sien ... » (cf. St Irénée). Ce dimanche-là, le P. Durand (MEP), aumônier du Carmel de Séoul, nous avait invitées chez lui.  Encore une belle leçon de découverte de la mission en Corée – il est ici depuis les années 60, a vécu l’après-guerre de Corée, le temps de la dictature, des contrôles permanents ... - !  L’après-midi, nous avions rendez-vous avec Sr Mari-Cecil et les autres Carmélites fondatrices du Carmel au Cambodge, présentes quelques jours à Séoul.  (Je vous l’ai raconté dans le message de Pentecôte).  Elles sont comme nous en plein apprentissage de la langue, de la culture … nous nous comprenions très bien ! 

L’esprit d’universalité de la Pentecôte continuait le lendemain, 12 mai, jour anniversaire de la naissance de Bouddha !  En passant devant une église catholique, on a vu une grande banderole affichée sur son parvis avec ces mots : "Nous aussi nous nous réjouissons avec vous pour la fête anniversaire de Bouddha!" ...  l'Eglise se réjouit avec ses frères bouddhistes! Comme ce jour est férié en Corée – à l’égal que le jour de la naissance de Jésus, le 25 décembre -, nous n’avions pas cours.  Le P. Laurencio nous a emmenées dans un grand temple bouddhiste dans la montagne où il y avait un monde fou … L’après-midi, loin de la foule, nous avons marché plusieurs heures dans la montagne de Bukhansan.  Comme il connaît très bien ce lieu, il nous a guidées sur des sentiers où il n’y avait pas trop de monde … chose pas simple si près de Séoul !

             Un peu avant nos derniers examens, Ester s’est présentée à un concours de coréen pour étudiants étrangers.  Le sujet de son discours (de 3 minutes !) était sur la réunification Nord-Sud.  Elle a obtenu le 2ème prix, non seulement pour la qualité des ses paroles en coréen, mais aussi pour le sujet qu’elle porte tellement à coeur bien avant la venue de notre communauté ici !  Nos professeurs étaient très fiers ! Et nous aussi ! Khyan, mon ami indien, a reçu le 3ème prix.  Parmi les étudiants, il y avait des jeunes de Chine, de Mongolie, des Phillipines, du Japon, d’Australie, de France, du Bangladesh …

             Et nos examens ? on les a préparés le mieux qu’on a pu … Comme notre école valorise beaucoup le travail quotidien, les devoirs, la participation en classe …, ça m’a sauvée (j’ai même mieux réussi le niveau 5 que le 4 !)!  L’examen oral était une présentation avec power point sur le thème qu’on voulait, mais sur base de statistiques ou de graphiques à commenter ! Le but étant d’analyser cela en utilisant les expressions adéquates … Je me disais que même ça en français je ne l’avais jamais fait !!!  Le 30 mai c’était le souryoshik (cérémonie de remise de prix, de fin d’études pour certains). Ester et Monika portaient la « toge » pour ce grand moment! (Moi je n’y ai pas eu droit parce que je n’ai fait que 2 trimestres dans cette université.  Mais la veille au soir, comme on avait les costumes à la maison, je n’ai pas pu échapper à la séance photos ! Sur le blog vous pouvez les voir). Ester a donc terminé l’école de coréen, les 6 niveaux ! Monika et moi, on fera le 6 à Deajeon après l’été !  Tout le monde sait que finir l’école ne veut rien dire, que l’étude du corée continue … pour longtemps.  La pratique orale surtout, et puis on nous dit de commencer à lire des livres pas trop difficiles, des articles de journaux simples ! 

             Juin 2008 ... les “grandes vacances”!

             Et nous voilà en « grandes vacances » depuis le 30 mai !  Le 5 juin, la santé du Cardinal Kim étant un peu meilleure, nous avons pu le rencontrer durant une vingtaine de minutes, chez lui.  Il est très malade, affaibli, mais était très attentif, nous posant à chacune des questions sur notre pays, sur notre communauté … Ces quelques minutes très émouvantes – c’est certainement la dernière fois que nous le voyions – on les a vécues comme « le testament » que nous léguait cet homme de Dieu, la figure certainement la plus aimée et la plus chère de l’Eglise catholique en Corée.  On désirait le rencontrer depuis longtemps, mais sa santé était si mauvaise – en décembre dernier tout le monde pensait qu’il allait décéder – qu’on y avait presque renoncé.  C’est grâce au P. Laurencio que ce moment « historique » a pu avoir lieu.  A la fin des 20 minutes, il s’est péniblement levé de son fauteuil, et nous a donné sa bénédiction … on ne pouvait retenir nos larmes.  Merci, Seigneur, pour nous redire combien Tu nous attends ici, combien Tu nous fais prendre le relais de frères dans la foi si saints …

             Pendant ce temps de vacances des cours, on a pu revoir notre ami tibétain, Ngawang … Vous connaissez la douloureuse situation de son pays.  En le revoyant et en l’écoutant nous parler avec sérénité, je pensais : Ngawang est un homme comme nous décrit l’Evangile (dans les Béatitudes) : Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, heureux les artisans de paix, ceux qui ont soif de la justice … Dieu nous donne ici des frères « apparemment incroyants » si remplis de sa bonté, de sa « bonne volonté » … Un autre jour, nos amis de classe sont venus cuisiner chez nous des plats de Chine et de Malaysie … Et puis, moi, durant ces semaines de juin, je vais faire quelques heures de bénévolat au dispensaire St Joseph, qui offre des soins gratuits aux personnes qui vivent dans la rue.  Ce petit hôpital a été fondé il y a 20 ans par un médecin coréen, qui a consacré sa vie (il ne s’est pas marié) à ces malades, ces frères abandonnés par la société, souvent alcooliques à cause de la misère.  Certains d’entre eux ont pu sortir de là, aidés par ce médecin qui a eu une immense confiance en eux … Aujourd’hui, ils se sentent un peu tous orphelins depuis le décès de ce médecin, au mois d’avril 2008 … C’était un père pour eux, pour les volontaires innombrables qui viennent aider là chaque jour.  Maintenant, c’est le P. Lee Mun Ju (« Merlin l’enchanteur ») qui substitue un peu le directeur, puisqu’il était un ami très proche du médecin depuis les débuts de l’hôpital.  C’est comme ça que le premier jour où j’aidais dans la cuisine, je me suis retrouvée face à face avec le P. Lee Mun Ju, lui tout aussi surpris de me voir là que moi de le rencontrer dans cette cuisine !  Le monde catholique reste petit malgré tout à Séoul !

Qu’est-ce que je fais dans ce dispensaire ? Chaque jour, c’est différent, selon les besoins.  Parfois j’aide un peu dans la cuisine – si on me laisse travailler ! parce comme je suis missionnaire « religieuse », les dames bénévoles veulent tout faire elles-mêmes, elles me font juste goûter les plats ! -, parfois je suis dans la pharmacie, parfois on me demande de nettoyer un peu ... En fait, il y a déjà tellement de gens bénévoles, pas mal de retraités, qui viennent chaque jour – par équipes de jour et du soir (soins jusqu’à 21 heures) très bien organisées – que parfois on ne sait pas très bien quel travail me donner ! Alors on parle ..., je pratique le coréen ! L'excuse c'est la pratique de la langue, mais je sens bien que Jésus veut m'apprendre d'autres choses plus essentielles là ...  J’avais besoin de découvrir de près une autre réalité de Séoul – autre que celle des étudiants « riches » des cours de langue – et, près de la gare de Yongdeungpo où se trouve le dispensaire, il y a une si grande misère

au milieu des grands buildings et magasins de luxe du même quartier ... Il y a cela, mais surtout un amour si beau, généreux,

simple de la part d'une équipe de médecins, infirmiers et simples bénévoles au service de ces frères les plus démunis de la société coréenne. C’est mon école de prière ...

             Vous vous demandez peut-être ce que devient notre ami Peter ... Depuis qu’il est en paroisse (novembre), il est toujours très ppapayo ! (débordé, débordé !)  Nous avons été le voir plusieurs fois chez lui, et hier c’est lui qui est passé chez nous.  Malgré son emploi du temps très chargé, il avait l’air très heureux, heureux de pouvoir fêter bientôt son premier anniversaire d’ordination ... et de nous avoir pour « soeurs » !  Ce samedi, le 28 juin, sa soeur Claire se marie.  Elle nous a demandé de chanter un chant de méditation pendant la messe, nos voix sont si belles – dixit  - .  Et jeudi, on ira à l’ordination des diacres de Séoul, on connaît Andrea ... (celui qui nous a un jour dit qu’il aimerait être missionnaire en France !)

 

             En écrivant – après autant de temps – l’expérience de cette deuxième année de la fondation en Corée, je rends grâce à Dieu pour le fruit de paix et de « sagesse » que cette relecture me donne … Si j’avais écrit plus tôt, j’aurais peut-être raconté les choses trop sur le vif, avec parfois le ton négatif de la fatigue …

             Le Seigneur me rappelle cette Parole du Prophète Isaïe (Is.55) : Mes chemins ne sont pas vos chemins … Et les versets 12-13 : Oui, vous partirez dans la joie, et vous serez ramenés dans la paix.  Au lieu de l’épine croîtra le cyprès, au lieu de l’ortie croîtra le myrte … Il sait très bien où Il nous conduit, ses chemins sont bien plus sûrs que les nôtres, même s’ils ne nous épargnent pas la croix, l’appauvrissement chaque fois plus grand … Mais au lieu de l’épine, là où nous avons senti la douleur, l’épreuve, la fatigue, il y aura la vie, les fruits … On les devine déjà, il faut juste continuer à demander sa patience pour aller jusqu’au bout ...

             La Parole de Jésus qui m’a remplie de paix à la fin de cette année scolaire, c’est celle de l’obole de la veuve (Mc 12, 43-44) : « Je vous le dis, cette veuve qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le trésor.  Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis TOUT ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Lui seul sait, connaît notre indigence, et pour cela aussi la valeur de nos moindres gestes d’amour et d’offrande ... et Il les remercie infiniment.  La petite Thérèse, notre 4ème soeur de Corée (dont je ne vous ai pas parlé, mais qui ne cesse de nous accompagner de sa joie, de son élan missionnaire) m’a rappelé cette pensée qui l’avait beaucoup aidée elle-même : Un jour, le Dieu reconnaissant s’écriera : maintenant, mon tour !

 

             Que ce Dieu si reconnaissant vous bénisse et vous garde durant cet été,

             dans la joie de vous revoir bientôt – certains d’entre vous en tout cas -,

             je vous embrasse,

 

             Laurence 로랑스

 

            

 

Nouvel An chinois 2008 "Sollal" - suite Partage 14

Nouvelle Année 2008 – Nouvel An Chinois

             Après le départ de nos soeurs du Japon, c’était déjà l’heure de nos examens intermédiaires ... Au coeur de l’étude qui s’intensifiait, le Seigneur continuait de nos présenter de nouveaux amis ! Par exemple Minbae, une jeune étudiante revenue d’un an d’étude en Espagne.  Je l’avais contactée par e-mail, après avoir lu une petite annonce d’elle à Salamanque, l’été dernier lors de notre visite là-bas.  Revenue en Corée, nous nous sommes rencontrées chez nous. Elle était toute heureuse de pouvoir parler en espagnol ! Depuis janvier aussi, à travers le P. Lee, nous avons fait la connaissance du P. Laurencio, un prêtre coréen revenu depuis quelques mois d’Europe où il a étudié la spiritualité (à Rome).  On se voit de temps en temps pour partager, il nous a aussi invité à aller avec lui marcher dans la montagne.

             Comme nous étions assez fatiguées par le rythme intensif du début d’année, nous avons profité des quelques jours de congé de l’école à l’occasion du Nouvel An Chinois (début février) pour aller nous reposer et prier dans le calme, loin du bruit incessant de Séoul. C’est dans la montagne de Jirisan que le Seigneur nous avait préparé un lieu magnifique de repos.  Par un ami missionnaire, nous avions eu l’adresse de Maria, une femme consacrée (AFI), qui vit là-bas, offrant sa petite maison pour tous ceux qui veulent venir prier au calme. Un lieu de rêve pour nous ! Le silence de la nature encore morte de l’hiver, la neige, les oiseaux ... de quoi refaire nos forces physiques, intellectuelles et spirituelles ! Comme la montagne de Jirisan est au Sud de la péninsule, le soleil était preque toujours au rendez-vous. Pendant ces premiers jours du mois de février, alors qu’ici on célébrait le « Sollal », le Nouvel An Chinois, l’Eglise allait entrer dans le temps du Carême (mercredi des cendres)! Nous avons fêté les deux ! Ces mêmes jours, un prêtre de Séoul était en convalescence là-bas, ce qui nous a permis d’avoir la messe !

Puis un jour, lui et une dame amie de Maria, ont voulu nous faire connaître un lieu très mystérieux de la région. C’était dans les bois, après une demie-heure de marche environ, on se retrouvait devant une porte en bois qui barrait le chemin. A droite de la porte, il y avait une grande cloche, un espèce de gong, et un texte écrit qui disait de frapper 3 fois le gong et d’attendre.  Nous, on pensait que c’était une blague, juste quelque chose d’écrit comme ça, quand tout-à-coup, la porte en bois s’est ouverte de l’intérieur !!! On a dû retenir notre cri de surprise et de peur ! Un homme d’une trentaine d’années vêtu d’un espèce de hanbok (vêtement traditionnel coréen) très abîmé, un chapeau sur la tête qui nous laissait à peine deviner son regard, nous fit signe d’entrer ! Si le prêtre n’avait pas été avec nous, je crois qu’on se serait enfui dans l’autre sens !  Une fois passée la porte, on se retrouvait dans un immense paysage enneigé, où dans la blancheur se dessinait toutes sortes d’étranges monuments en pierre, de constructions en bois qui nous faisaient penser à des temples bouddhistes, sans l’être ! Cette région est plutôt profondément marquée par le confucianisme et le shamanisme (pardonnez-moi mon ignorance ...).  Cet homme continuait d’expliquer le lieu ..., nous à cause de l’émotion, on ne comprenait rien ! Ensuite il nous a laissé faire tranquillement le tour du site ... Comme disent les coréens, ce lieu était vraiment « shinkihada » !!!, ça veut dire étrange, mystérieux !

             Le jour du Nouvel An Chinois, Sollal en coréen, les lectures de la messe étaient spéciales ici en Corée.  C’est très beau de voir que l’Eglise accompagne à sa manière ces fêtes traditionnelles. C’était le jeudi 7 février, on lisait dans la 2ème lecture : Vous qui ne savez pas ce que demain sera votre vie ... que ne dites-vous pas au contraire : Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. » (Cf. Ep. de Jacques 4, 13-15) ... des Paroles sages pour commencer une nouvelle année : Si le Seigneur le veut ... Avec ces amis de Jirisan, nous avons mangé les plats typiques du Sollal (tokkouk une soupe, toutes sortes de pantcha qui accompagnent la viande et le riz comme le kimchi, les tokk (gâteaux de riz).

             Le dernier jour de notre séjour là-bas, il fallait absolument que nos amis nous fassent découvrir la Mer du Sud et ses innombrables petites îles (si vous regardez une carte de Corée, vous les verrez).  Et bien sûr, là-bas, on ne peut faire autre chose que de manger du poisson cru ! On en avait déjà goûté à Séoul, mais ce qu’on n’avait jamais mangé encore, c’est le sannakdji (littérallement du poulpe encore vivant !!! ça veut dire que sur le plat, il bouge encore !!!) Comme c’est un mets très excquis, et nous étions invitées, on ne pouvait refuser ! Nous voilà en train d’essayer d’attraper avec les baguettes ces « petits animaux » encore frétillants et qui se collaient avec leurs petites ventouses à l’assiette !!! Après chaque bouchée très longtemps mastiquée – pour ne pas étouffer ! Si les ventouses se collent dans la gorge, c’est très risqué, nous avait-on dit avant de manger ! – je buvais une bonne gorgée de bière de quoi bien faire descendre tout ça ! (sur cette adresse vous pouvez voir la vidéo de Jirisan : http://es.youtube.com/watch?v=kzj3xFMQ4I8)

             Au retour dans le bus (plus de 4 h de voyage), la télé montrait sans arrêt les mêmes images d’un énorme incendie qui avait eu lieu pendant la nuit à Séoul.  C’était la Grande Porte du Sud, Namdaemoun, qui avait été la proie des flammes durant plusieurs heures … Les titres des journaux écrivaient : « 600 ans d’histoire disparus dans les flammes » … Un homme avait mis le feu à cette ancienne Porte de la ville construite tout en bois.  C’était très émouvant de voir les images et les visages en larmes des coréens venus sur les lieux …

             Fin du trimestre d’hiver ...

             Au retour de Jirisan, Monika et moi devions faire un balpio – un exposé oral – pour présenter les résultats d’une enquête que nous avions dû faire au moins à 20 coréens, dans la rue ! De quoi apprendre à nous adresser à des inconnus, moins habitués que nos profs à écouter des étrangers ! Le sujet que j’avais choisi était sur la culture coréenne, comment les coréens eux-mêmes voient leur culture, les richesses et aussi les choses qu’ils aimeraient vivre différemment en voyant les autres pays, etc. C’était très intéressant pour moi, malgré la difficulté d’une telle entreprise ! J’ai beaucoup appris en la faisant, j’ai surtout découvert combien les coréens sont très fiers – dans le bon sens du terme – de leurs coutumes, des traditions de leur pays. Dans une des questions je demandais qu’ils choisissent parmis plusieurs mots quel est celui qui, selon eux, caractérise le plus leur culture. La majorité d’entre eux avait choisi le mot cheong , très difficile à traduire! Le dictionnaire traduit par amour, sentiment, affection, mais on devrait dire aussi compassion, attention à l’autre, générosité ... C’est vrai que « tout cela » on l’a souvent expérimenté ici dans nos relations avec les coréens. Le cheong c’est par exemple quand on va acheter des légumes ou des fruits, la marchande qui vous ajoute quelques fraises dans le sac après avoir déjà pesé le tout ! comme ça, gratuitement !

Un autre mot que les gens avaient choisi était celui de ouri qui signifie nous, nôtre. C’est vraiment quelque chose de très caractéristique de « l’âme des coréens ».  Ici on ne dit jamais en parlant de son pays, de la Corée, mon pays, mais bien notre pays « ouri nara » ! À la TV, aux nouvelles, c’est toujours de cette manière qu’est présenté le pays. Et puis, si on parle de sa famille, on dira ouri omma, notre mère, notre père, notre grande soeur, etc.  ... et même notre mari ! ce qui nous fait bien rire ... Cet usage de la langue parle de quelque chose de très profond dans le coeur des coréens, tout est nôtre, nous sommes comme une famille ! On apprend peu à peu à découvrir tout cela, loin des individualismes qui étouffent parfois trop nos coeurs occidentaux ! Je pourrais encore vous dire plein de choses sur cette enquête, mais je ne finirais jamais ! Si vous le voulez, je peux vous envoyer le power point en coréen !!!

             Fin février, notre trimestre d’hiver se terminait encore une fois avec nos chers examens écrits, oraux, de listening - toujours le plus difficile pour nous -.  Au moment de la cérémonie de fin de trimestre, très officielle, style confucéen, nous avons toutes les 3 reçu le prix de l’amitié ! Entre les élèves de la classe, on vote qui a été le plus fraternel, le plus aimable pour ses compagnons, etc.

Après cela, nous avions presque 4 semaines de vacances avant le trimestre suivant, celui du printemps. C’est à ce moment-là que nous avons fait notre déménagement.  Nous devions quitter en avril la maison des Srs du Saint-Esprit, et nous sommes depuis fin février dans la maison des volontaires MEP (sur la photo, la maison blanche, sous les arbres), à côté de la maison régionale des Missions étrangères de Paris ... rien de moins !, le centre de cette Société missionnaire qui a donné à la Corée tant de saints missionnaires, les premiers qui sont presque tous morts martyrs ! On se sent vivre près d’une source vive d’amour et de don de la vie pour cette terre coréenne !  En étant dans cette maison pour quelques mois à peine – avant notre départ en septembre à Deajeon, notre diocèse – nous avons eu pas mal d’occasions de rencontrer les Pères missionnaires MEP, les jeunes volontaires qui viennent ici pour un an ou deux (http://mission.mepasie.org/volontariat/temoignages.php) ... des riches échanges !

            

Je termine ici cette longue « première partie » ...

             Suite dans le partage 15, mars, avril, mai, juin 2008 !

 

2ème année en Corée - Hiver 2007- 2008 (partage 14)

“Yahvé dit à Abraham : Quitte ton pays,

Ta parenté et la maison de ton père,

Pour le pays que je t’indiquerai.

Je te bénirai ; sois une bénediction. » Gn 12

 

Séoul, 20 juin 2008

안녕하세요 ! Annyonghasseyo !

Bonjour à chacun de vous,

Plutôt que « Annyonghasseyo ! », il faudrait que je vous dise « Orènmaniéyo » comme disent les coréens lorsque ça fait si longtemps qu’on ne se voit plus, si longtemps que je ne vous ai plus écrit !  Plus de 6 mois sont passés ..., l’année 2007 semble déjà loin, Noël, le Nouvel An occidental et même chinois sont derrière nous, le Carême, la Semaine Sainte, Pâques aussi ... la Pentecôte ... et c’est déjà l’été qui approche, ici comme chaque année avec le mois de la mousson commencé il y a quelques jours ! En essayant de vous partager « l’essentiel » de notre deuxième année au Pays du Matin Calme, vous comprendrez peut-être le pourquoi de ce silence si long ...

            

             Avent 2007

     

La dernière fois je vous quittais en vous souhaitant un heureux temps de l’Avent ! En décembre, bien que j’avais cours chaque jour (du lundi au vendredi, de 9h à 13h), quand Ester et Monika ont commencé leurs vacances d’hiver, nous sommes allé à Paeron pour faire un temps de retraite dans ce sanctuaire très cher à l’Eglise coréenne. Pearon est le lieu du tout premier séminaire en Corée alors que la religion catholique était encore persécutée (http://www.baeron.or.kr/ sur ce site vous pouvez lire l’histoire de Paeron, en français, en espagnol, anglais ... ou en coréen !).  Durant plus de 10-11 ans, quelques missionnaires français des Missions étrangères de Paris (MEP), ont tout donné de leur vie - jusqu’au moment de leur arrestation et de leur martyre – pour former les tous premiers séminaristes coréens.  Ils vécurent dans des conditions inimaginables, toujours cachés, toujours à la merci de la persécution, avec la peur d’être découverts ..., dans une toute petite maison cachée dans la montagne, dans l’espace réduit de 2 minuscules pièces où on se tenait à peine debout.  Souvent les missionnaires tombaient malades, et à cause de la promiscuité, la contagion était facile ... Les jeunes garçons qui avec beaucoup d’efforts apprenaient le latin, les premières leçons de théologie, n’étaient pas bien résistants eux non plus !

             Prier dans ce lieu saint, rempli de la semence de vie des missionnaires et des premiers chrétiens coréens, a été pour nous 3 un immense cadeau.  Simplement en étant là, l’Evangile vécu par ces frères s’incrustait en nous : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12,24) Le grain de blé de ces vies persécutées a donné le 100 pour un, ils sont morts martyrs en ignorant tout du fruit de leur travail ... et aujourd’hui, l’Eglise coréenne compte sur la vie de tant de prêtres natifs, « descendants » de ces premiers disciples de Jésus ! « Seigneur, Tu sais la fécondité des moments de croix, des moments de fidélité à ta voix, en Toi tout mûrit, tout porte fruit. »

Bien sûr, comme toujours, nous ne pouvions pas passer inaperçues dans ce lieu ! Le premier jour, à la messe, le prêtre nous a fait nous présenter devant tout le monde ! Il était touché d’écouter que nous étions missionnaires, venues d’Espagne, de Pologne et de Belgique ... Il redisait aux gens présents ce jour-là que l’Eglise de Corée avait pu grandir malgré les persécutions grâce à la présence des missionnaires venus de si loin, et il nous remerciait d’être venues nous aussi ... de si loin. Après, nous avons continué la conversation avec lui pendant le repas, même si en Corée – on s’en rend compte de plus en plus – ce n’est pas poli de parler beaucoup pendant qu’on mange. Si on est à table, c’est pour manger, on parlera après !! Le dernier jour, le prêtre nous remettait une enveloppe ... avec de l’argent, c’était certainement une partie des innmombrables offrandes que les gens donnent.  Cette année plus encore que la première nous avons expérimenté combien les coréens sont généreux, sans mesure !

             Voilà comment nous sommes entrées dans le temps de l’Avent ! Plusieurs fois avant son départ pour une autre ville, j’ai retrouvé Sr Véronica – vous souvenez-vous d’elle ? - pour continuer nos échanges français-coréen.  Comme elle travaillait dans la « paroisse » (petite chapelle) du grand Marché au poisson de Noryangdjin qui était sur ma route de l’université, on se voyait là-bas après mes cours ! Je n’avais jamais vu chose pareille ! Un immense marché au poisson, où tous les marchands ou restaurateurs viennent s’approvisionner dès le matin très tôt. Une ambiance très spéciale qui me faisait penser aux descriptions des romans de Zola ... Pour les marchands de poisson qui sont catholiques, l’Eglise offre la messe, des moments de prière et de cours de Bible, là en plein coeur du Marché, dans une petite chapelle en préfabriqué !  La deuxième fois que j’ai dû aller là, je me suis un peu perdue entre tous les étals des marchands ... Depuis le mois de janvier, Sr Véronica a quitté Séoul pour aller dans une autre province travailler au service des personnes âgées et handicapées.  Elle s’était préparée durant plus d’un an pour aller au Canada – en apprenant le français !- , mais finalement, n’ayant pas reçu son visa de séjour, elle restera en Corée ! C’est la gratuité totale de l’apprentissage ! De temps en temps nous nous téléphonons, et elle nous a invitées à aller connaître la région où elle habite maintenant, le Kangwondo, à l’est de la péninsule, près de la Mer de l’Est.

             En Corée, le mois de décembre a surtout été marqué par les élections présidentielles.  Bien sûr nous ne comprenions rien aux discours de candidats (pendant les semaines qui ont précédé les élections, partout dans les rues, près des stations de métro il y avait des discours politiques, des gens – souvent des femmes – faisaient des sortes de chorégraphies tout en distribuant des tracts pour soutenir l’un ou l’autre candidat ... Une campagne électorale très vivante, style coréen !!!), mais en écoutant nos amis partager leurs opinions, il semblait qu’aucun des candidats n’était vraiment « digne » d’être élu président de la nation ! Beaucoup de gens se sont d’ailleurs abstenu de voter ..., marquant par là leur mécontentement, et finalement c’est Lee Myung-bak (이명박) qui fut élu président de Corée du Sud le 19 décembre 2007. Alors que je vous écris maintenant en juin 2008, après ces premiers mois de gouvernement, le peuple coréen est très insatisfait de la politique du Président.  J’imagine que vous avez dû entendre parler des incessantes manifestations qui ont lieu dans Séoul et dans d’autres grandes villes du Sud, elles ont lieu chaque soir depuis plus d’un mois ! Je vous en reparlerai plus bas ... La semaine dernière nous avons été manifester un soir avec nos amis.

             Cela se passait donc à quelques jours de la fête de Noël ... Nous avions repris les cours du trimestre d’hiver (le 17 décembre), et dorénavant, j’étudiais avec Monika et Ester dans l’université tout près de chez nous, la Sungkyunkwan  University http://www.skku.ac.kr/, une des universités les plus anciennes de Corée, puisqu’elle date de 1398 (14ème siècle).  Pour moi qui venais juste de terminer mes examens dans l’autre école de coréen le 14 décembre, c’était un peu dur dur au début, sans aucunes vacances ! En plus chaque fois qu’on change d’école de langue, il faut refaire un test d’entrée ... pour qu’on vous mette dans le niveau qui vous corresponde dans cette école ! Heureusement j’ai pu passer au niveau 4, c’est-à-dire le niveau « intermédiaire supérieur » qui me correspondait suite au niveau 3 que je venais de terminer ! Nouvelle école signifie nouvelle méthode, nouveaux professeurs ... « nouvelle naissance » pour moi encore et toujours ! Depuis ce moment-là, nous avons aussi passé le niveau 5! Peu à peu dans l’école de langue de la Sungkyunkwan nous avons été « introduites », imprégnées juste un peu de l’esprit du confucianisme ...

            

 Noël 2007 ... Japon-Corée

 

             Alors que je débutais dans ce nouveau système d’enseignement du coréen, Noël approchait ... et toutes nos soeurs du Japon sont venues passer les fêtes avec nous en Corée !  On allait à l’école le matin (l’université confucéenne ne connaît pas « les vacances de Noël » !! Heureusement en Corée, le 25 décembre est jour ferié pour tout le monde ! Donc ce jour-là c’était quand même congé !) ... et puis, les après-midi, on se retrouvait pour partager, faire connaître Séoul aux missionnaires du Japon, rencontrer nos amis coréens, et célébrer Noël ! Je ne me souviens plus très bien, mais je pense que nous avons eu plus de 3 ou 4 « Christmas Party » !! D’abord avec les amis catholiques, avec un petit temps de prière, puis une autre avec tous nos amis des cours qui ne sont pas croyants, beaucoup de japonaises et de chinois. Avec eux on célébrait surtout l’amitié, la joie d’être frères et soeurs de toutes nationalités (plus d’une dizaine !!) ... une manière d’ « incarner » la Bonne Nouvelle de la Nativité, la venue de Jésus parmi nous « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple ... » (Lc 2,10) ... Comment faire découvrir cette « folie » d’Amour d’un Dieu qui s’est fait homme à des coeurs qui n’ont rien connu encore de l’Evangile ? C’est la Passion de Dieu qui nous habite tous les jours ici en Asie ...

             Puis le 29 décembre, nous nous sommes retrouvés aussi avec tous les missionnaires « étrangers » ! On était plus d’une trentaine réunis ce jour-là, de beaucoup de pays et de congrégations ou communautés différentes, sans parler des langues !!! Il y avait les missionnaires de la Consolata, las Mercedarias, les Srs de la Consolation, les P. des MEP, un Fr. Moine de l’abbaye de La Pierre-qui-vire (venu vivre une expérience de volontariat avec les MEP), les Srs de la Charité de Nevers, une Petite Sr de Jésus et deux Petits frères de Jésus (de Ch. De Foucauld), certainement les plus âgés parmi nous ! Durant l’eucharistie internationale ceux qui le voulaient pouvaient partager – dans leur langue maternelle – leur expérience de Noël ici en Corée. Ce jour-là Stéphanie, une jeune volontaire des MEP était avec nous aussi, alors qu’elle venait d’arriver la veille de Suisse en Corée !

             Après le repas aussi international que les invités, nous avons chanté des chants typiques de Noël ... et chacun devait se chercher un instrument de musique, n’importe quoi du moment que ça fasse du bruit ! Eugenio, missionnaire de la Consolata, faisait le chef d’orchestre et dirigeait cet ensemble un peu cacophonique ! Ensuite, nous avions demandé aux missionnaires « vétérans » de partager quelque chose de leur longue expérience en Corée. Sr Noémie, de plus de 80 ans, nous parlait des débuts de son arrivée, juste après la Guerre de Corée, dans les années 50. La pauvreté, les grands froids de l´hiver, mais aussi l’immense et gratuite solidarité des plus démunis ... Les Petites Soeurs de Jésus travaillaient dans les usines, vivaient avec les familles ouvrières, « incarnant » au milieu de ces frères l’idéal de vie fraternelle du Bx Charles de Foucauld.  On sentait Sr Noémie vibrer quand elle racontait ses souvenirs ... Dans ses yeux fatigués, brillait toujours jeune la lumière de Noël ! Et puis, le P. Vincent, Petit Fr. de Jésus, nous parlait de ses premières années en Asie passées au Vietnam, son « premier amour » ! Il avait dû quitter ce pays très cher et venir en Corée où il y est depuis ... l’année de ma naissance ! Malgré ces nombreuses années en Corée, il nous disait qu’il ne parlait pas bien le coréen, appris trop tard dans sa vie ! À méditer ...

             Un autre moment très émouvant, ça a été la rencontre avec le P. Lee Mun Ju, celui que nous appelions au début, « Merlin l’enchanteur » (vous vous souvenez ? Ce prêtre à la longue barbe ...).  Nos soeurs du Japon avaient très envie de le connaître, de pouvoir parler avec lui, nous l’avons invité chez nous pour la messe et le repas du soir. Pendant l’eucharistie, il nous annonce que justement ce jour-là, c’était l’anniversaire de son ordination sacerdotale ! Sans le savoir, on avait l’honneur de célébrer avec lui ce 45ème anniversaire d’ordination ! L’Evangile du jour était celui de la visitation de Marie à Elisabeth, et le P. Lee nous disait combien c’est important de répondre et de mettre en pratique chaque intuition de l’Esprit Saint comme Marie. Il nous disait : le faire pendant que nous en avons encore l’occasion ... De telles paroles dans la bouche de ce prêtre ne peuvent s’oublier ... Après le repas, on ne peut l’éviter, les questions des missionnaires ont commencé ! Quelle est l’expérience de Dieu qui vous a soutenu durant toutes ces années de sacerdoce ? Après quelques secondes de silence ... La PRÉSENCE de Dieu qui m’a toujours accompagné, m’a protégé, m’a sauvé, m’a appris à vivre dans sa Providence ... Il a vraiment été pour moi comme mon Père. Pas rien d’écouter dire cela d’un prêtre qui a vécu 3 guerres (la 2ème guerre mondiale, la guerre de Corée et celle du Vietnam comme aumônier militaire), a failli être tué plusieurs fois.  C’est au coeur de la tourmente de la guerre du Vietnam qu’il avait fait la connaissance de Mgr Van Thuan, évêque du lieu où lui était aumônier de l’armée coréenne (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Xavier_Nguyen_Van_Thuan).  Il nous racontait comment malgré le danger, en pleine guerre, ils avaient organisé ensemble une procession eucharistique pour prier pour la paix, réunissant là les « ennemis », les soldats de différents fronts, américains, coréens et vietnamiens.  Il nous disait qu’il ne pourrait jamais oublier ce moment ...

             Le P. Lee, en plus de sa responsabilité en paroisse (et de bien d’autres ... cf. plus bas), est le responsable en Corée d’une organisation qui récolte de l’argent pour envoyer des Bibles dans les pays pauvres.  Au début il a commencé à travailler surtout pour l’Eglise vietnamienne, mais maintenant c’est déjà dans plus de 8 pays qu’ils distribuent gratuitement des Bibles pour tous les chrétiens assoiffés de la Parole de Dieu.

             Pour les missionnaires qui vivent au Japon, le séjour à Séoul a été comme un « plongeon » dans la foi, dans l’ardeur de la prière du peuple coréen.  Elles nous disaient combien c’était différent pour elles de passer le temps de Noël en Corée.  Voir les églises remplies de chrétiens aux eucharisties, écouter les missionnaires partager leur expérience ici, découvrir aussi l’aide fraternelle reçue d’eux tous depuis que nous 3 sommes arrivées à Séoul ... tout cela leur a fait beaucoup de bien, et le Seigneur par là nous redisait combien la fondation de Corée, d’abord, était « pour le Japon », pour soutenir la foi de nos soeurs et des chrétiens japonais si isolés, si peu nombreux encore aujourd’hui.

             Et nous trois, après ces multiples rencontres, on se mettait à faire comme on pouvait nos devoirs de coréen !!!

J’oubliais de vous dire aussi qu’en décembre, on avait participé à la messe de bénédiction d’un Foyer de jeunes garçons situé au Sud de Séoul et dirigé par un des P. Des Missions étrangères de Paris, le P. Ph. Blot (http://www.kunpohome.com/index.php?idobjet=30).  C’est là que vivent plusieurs volontaires MEP, partageant la vie et les souffrances de ces enfants-jeunes sans famille, trop tôt marqués par les problèmes familiaux, le divorce des parents, la violence ... Ce jour-là, on découvrait ce foyer de miséricorde, et on revoyait ce cher Mgr Dupont, l’évêque MEP rencontré au tout début de notre arrivée en Corée (cf. partage de juillet 2006).  Dans son homélie, il parlait de plusieurs personnes très connues en Corée (certains sportifs ou chanteurs) qui étaient devenues ce qu’elles sont aujourd’hui grâce à d’autres qui avaient cru en elles, avaient su découvrir dans ces enfants parfois problématiques « la perle rare », le talent caché.  Il souhaitait que chacun des enfants du Foyer puisse aussi grandir comme ça et déployer toutes ses capacités de vie et de bonheur. Ce jour-là on rencontrait aussi Delphine, une volontaire MEP venue quelques mois aider les personnes âgées, chez les Petites Soeurs des pauvres de Suwon.

       

2ème année en Corée - Automne 2007 (Partage 13)

Séoul, 24 novembre 2007

 

안녕하세요 ! Annyonghasseyo !

Bonjour à chacun de vous, amis, frères et soeurs du monde!

Dans l’Evangile de la fête de ce dimanche, nous avons écouté cette parole magnifique du « bon larron » : Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume (Lc 23,42).  Ces mots me touchent beaucoup ici en Corée du Sud, depuis les premiers mois de notre arrivée – peut-être parce qu’on est si loin ... -.  Notre Dieu se souvient, Il n’oublie pas, son coeur fait mémoire de chacun des siens, toujours ... En me mettant enfin à vous écrire aujourd’hui, j’aimerais avant tout vous dire la même chose : malgré le silence épistolaire, les semaines qui passent si vite, je ne vous oublie pas ! Mon coeur fait souvent mémoire de chacun de vous dans la prière, dans les multiples voyages quotidiens à travers Séoul, dans chaque eucharistie ...

Ce « partage de Corée » semble être déjà le 13ème ... et de plus en plus on se rend compte que nous en savons de moins en moins ! De moins en moins, parce que connaître un pays, sa culture, ses habitants, son Eglise, c’est un très long chemin, passionnant certes, mais très, très patient ... si on veut connaître de l’intérieur, en profondeur.  C’est le chemin que Dieu a emprunté avec l’humanité, « en lui ajoutant son nom » (Cf. St Bernard) et qu’Il nous demande de vivre à sa suite à nous, les missionnaires dans chaque coin du monde. Voilà un peu les sentiments qui m’habitent/nous habitent ici depuis notre « retour » au Pays du Matin Calme[1]. Ce ne sont plus les mêmes impacts des premières semaines d’avril-mai 2006 qu’on aimerait vous transmettre, mais peut-être juste un peu « quelque chose » de ce chemin d’incarnation que Jésus a voulu continuer ici et maintenant à travers nous trois.

La Providence a fait que je suis arrivée sur le sol coréen - le coeur rempli des multiples rencontres des derniers jours en France, à Valenciennes-Cambrai ... et à Lisieux (où se préparaient la célébration des 50 ans de l’encyclique Fidei Donum et les 80 ans du décret de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus comme Patronne des missions du monde entier !) – justement le 1er octobre, jour de la fête de Ste Thérèse de Lisieux !  Je voudrais parcourir la terre, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les 5 parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées ... Je voudrais être missionnaire ... (Cf. Manuscrit B) Je crois que je peux dire que nous sommes arrivées ensemble à Séoul !

A mon arrivée, Ester et Monika avaient déjà repris les cours de coréen depuis 2 semaines.  Moi j’ai recommencé l’école le 8 octobre, dans l’Université Catholique qui se trouve à plus d’une heure 15 de chez nous ! Le rythme des journées a changé, puisque les cours commencent à 9h le matin ... Je partage la « course » du matin dans le métro avec tous les hommes d’affaires et les gens qui partent travailler dans le centre de Séoul (que moi je dois traverser pour aller tout-à-fait à l’ouest de la ville).  Cette heure de trajet est mon heure de « prière itinérante » ... Dieu me parle à travers tant de ces visages si fatigués dès le matin tôt, la majorité des passagers dorment, même s’ils ne sont dans le train que pour quelques minutes ! C’est assez impressionnant de voir ça à 7h30 du matin.  Le rythme du travail, des sorties le soir avec les collègues de travail, le peu d’heures de sommeil ... j’apprends à connaître de l’intérieur ma culture d’accueil.

Comment vous cacher que les premiers jours de coréen ont été très difficiles ... Je me retrouvais la seule européenne parmis des jeunes étudiants chinois, tous chinois ! La majorité d’entre eux avaient déjà étudié le livre du 3ème niveau (intermédiaire) chez eux en Chine – ils s’ennuyaient donc ! – et moi je n’arrivais pas à suivre ! La semaine suivante j’ai demandé de passer dans un groupe plus adapté à mon niveau, et je me suis retrouvée avec encore des jeunes chinois (qui veulent entre à l’université en Corée) et, heureusement, avec 2 religieuses Indiennes ... Avec elles, l’anglais est « notre repos » et on se sent « en communion de lent apprentissage » !

Un des premiers jours du retour aux cours, l’Evangile du jour était celui du Bon Samaritain où un légiste demande à Jésus ce qu’il doit faire pour avoir en héritage la vie éternelle.  Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ... Je comprenais que cette « deuxième étape » en Corée, pour Dieu n’est que cet appel-là : L’aimer avec tout mon/notre coeur, notre âme, nos forces ... mêmes si elles diminuent sans cesse avec les neurones et la mémoire! Apprendre le coréen, découvrir la culture et les coutumes à travers la langue, tout cela, seigneur, c’est T’aimer Toi ! Là tout se résume et tout s’intègre !

Une expérience qui a ouvert cette nouvelle étape en Corée, ça a été la visite du cousin d’une missionnaire à Séoul.  Pour des raisons professionnelles il fait de fréquents déplacements en Corée du sud, mais n’avait jamais pris le temps de visiter la capitale.  Alors je lui ai servi de guide touristique durant 2 jours !  J’ai pu voir des tas de choses que je n’avais pas encore vues à Séoul ; en lui expliquant ce que déjà je connaissais un peu de la Corée, je me suis rendue compte combien « cette terre reçue en héritage » fait déjà partie de ma vie !  Je me voyais en train de défendre certaines coutumes, habitudes coréennes parfois légèrement critiquées par mon hôte !  J’ai beaucoup appris aussi en écoutant les impressions d’un homme d’affaires européen qui travaille avec l’Asie ... Bien sûr, les questions sur le sens de notre vie missionnaire dans ce pays si moderne n’ont pas manqué ! A quoi elles servent nos vies missionnaires ? Peut-on parler de rentabilité, de « faire des affaires », de « faire du chiffre » ? A la fin du week-end, je disais au Seigneur : « Jésus, Tu nous as fait entrer dans la gratuité totale de ton Amour, sans aucune autre raison que de venir ici pour unir nos vies à ton offrande, pour sauver le monde comme tu le veux, selon tes efficacités. »  Et dans un voyage en train je relisais des pages de Madeleine Delbrêl qui m’aidaient à resituer les choses à leur juste place devant Dieu : nous travaillons non pas seulement sur du temporel, mais sur l’échelle de l’éternité.  « Nous faisons de l’éternité avec le temps » comme disait si bien quelqu’un en parlant de Madeleine D.

Une autre porte d’entrée en profondeur dans le coeur de l’Eglise de Corée durant ces quelques semaines d’octobre et de novembre, ça a été les « pèlerinages » auxquels j’ai pu participer avec la paroisse francophone de Séoul et puis aussi avec des pélerins français venus du diocèse de Luçon (l’ancien diocèse de Mgr Garnier, Archevêque de Cambrai actuellement).  Avec eux, j’ai participé à la messe dans une église construite près du fleuve Han, sur le lieu du martyre de plusieurs prêtres et évêques français, l’église de Saenamteo. Dans son homélie, le prêtre parlait du témoignage d’un des jeunes martyrs, prêtre des Missions